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Education

Renouvellement urbain : l'école dans la cour des grands

À Angers, l’école Pierre-et-Marie-Curie est la 15e nouvelle école inaugurée dans le cadre du NPNRU. Une réhabilitation qui illustre l'une des ambitions fortes pour la transformation des quartiers : développer à grande échelle des pôles éducatifs, ouverts sur le quartier, accessibles aux habitants et proposant des services à un public plus large.

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Rentrée des classes à Angers, septembre 2021. La patience des élèves comme celle des parents est enfin récompensée. Après deux ans de travaux, tous découvrent leur école sous un jour nouveau. Terminé les échafaudages, place à une façade en bois clair et une large entrée vitrée. Construit dans les années 1960, le vétuste groupe scolaire Pierre-et-Marie-Curie, dans le quartier prioritaire Belle-Beille, a été entièrement rénové et agrandi (trois classes supplémentaires, un restaurant scolaire, une crèche de 18 berceaux).

En 2018, sa réhabilitation donnait le coup d’envoi du projet de renouvellement urbain de Belle-Beille. Cela a permis aux habitants d’avoir une première idée de ce qu’allait devenir leur quartier dans les prochaines années, explique Pascal Gautier, chef de projet PRU Belle-Beille, Angers Loire Métropole. Plus qu’un symbole, une tendance de fond se dessine. L’ANRU, l’Éducation nationale et les collectivités ont compris que l’école est au cœur du renouvellement urbain, un levier fort de transformation et d’attractivité du quartier. C’est un équipement public phare qui améliore durablement l’image du quartier et oriente le choix résidentiel des familles, analyse Alice Collet, chargée de mission cohésion sociale et gestion urbaine à l’ANRU.

Le NPNRU accompagne la création ou la restructuration d'écoles dans trois quartier en renouvellement urbain sur quatre

Dans le Programme National de Rénovation Urbaine (PNRU), 60 % des projets ont vu l’offre scolaire impactée au travers d’opérations de réhabilitation, restructuration ou construction neuve. En novembre 2021, le Nouveau Programme National de Renouvellement Urbain (NPNRU) a déjà apporté son soutien au financement de 337 nouvelles écoles. En moyenne, le programme accompagne la création ou la restructuration d’une école dans trois quartiers en renouvellement urbain sur quatre.

 

Classe flexible et chauffage au bois
Cette cure de jouvence du bâti scolaire impacte également la réussite éducative. Les conditions d’apprentissage sont meilleures et les élèves tirés vers le haut, confirme Alice Collet. À Angers, par exemple, une attention particulière a été portée au confort acoustique des classes. La bibliothèque et une salle de musique ont également été aménagées. Nous bénéficions maintenant d’une classe flexible où le mobilier scolaire permet de varier les types d’assises et de posture pour améliorer le confort et la concentration de l’élève, complète Damien Delacroix.

Le directeur du groupe scolaire Pierre-et-Marie- Curie rappelle que l’équipe pédagogique et les familles ont été associées, en amont, au projet de rénovation. Les questions environnementales ne sont pas oubliées. Des aménagements végétalisés ont été réalisés dans la cour de récréation pour lutter contre les îlots de chaleur. L’établissement est raccordé au réseau de chauffage urbain au bois de Belle-Beille, renchérit Pascal Gautier.

L’école de demain sera plus ouverte
Les opérations de renouvellement urbain des quartiers prioritaires offrent une opportunité unique de réfléchir à l’école de demain. L’Éducation nationale a d’ailleurs organisé en 2021 une large consultation publique consacrée aux bâtis scolaires (voir ci-dessous). Plus de 70 % des participants estiment utile d’ouvrir les équipements sportifs et culturels des écoles, collèges et lycées aux publics extérieurs, en dehors du temps scolaire.

Ce nouveau modèle commence doucement à essaimer, comme à Nîmes (30), à Pau (64), à Floirac (33) ou aux Mureaux (78). On ne parle plus d’école, mais de pôle éducatif. Et d'autres types de lieux innovants dédiés à l'éducation et aux jeunes s'installent, comme par exemple les Espaces services jeunesse dans les collèges et les lycées, qui proposent des services aux jeunes et aux familles et sont accessibles aux visiteurs depuis la rue. Lorsqu'ils sont conçus en réseau, ils peuvent actuellement être financéspar l’appel à manifestation d’intérêt « Innovation dans la forme scolaire » porté par le Secrétariat général pour l’investissement.

On peut citer également l’Épopée dans le quartier Sainte-Marthe de Marseille. Financé par le Fonds de Co-investissement de l’ANRU, ce tiers-lieu dédié à l’innovation éducative et sociale accueille plus de 45 structures dans des domaines comme la culture, l’edtech, le sport, le numérique...

Le ministère de l’Éducation nationale a lancé entre février et avril 2021 une grande consultation sur le bâti scolaire. Près de 10 000 contributeurs – enseignants, parents, élèves, élus, architectes, grand public, etc. – ont imaginé l’école de demain. Des espaces scolaires adaptés à la pédagogie, ouverts sur l’extérieur. Des lieux dédiés au bien-être, à l’inclusion et respectueux de l’environnement. Ce travail riche nourrit la rédaction de guides de conception et d’aménagement. Ils sont conçus par niveau d’enseignement et visent à accompagner les collectivités territoriales dans la construction ou la rénovation des bâtiments, précise Sidi Soilmi, responsable de la cellule « bâti scolaire » au ministère de l’Éducation nationale. Les guides seront publiés en début d’année 2022.

À Romainville, en Seine-Saint-Denis, le pôle éducatif Maryse-Bastié inauguré en 2017, dans le quartier Youri Gagarine, dispose lui aussi d’espaces accessibles aux habitants. Le concept a été pensé pour renforcer les usages et développer la cohésion sociale à travers son ouverture sur le quartier : l’une des cours de récréation est accessible aux enfants du quartier pendant les vacances. Une salle attenante à l’école accueille les associations du quartier. Les fêtes du quartier ont déjà été organisées dans la cour de récréation, explique Marie Savary, directrice du projet de renouvellement urbain de Youri Gagarine à l’Établissement Public Territorial du territoire Est Ensemble.

L'idée d'une nouvelle forme d'école s'inscrit bel et bien dans les dynamiques de renouvellement urbain portées par l'ANRU

À l’inverse, les quelque 400 élèves sont invités à des ateliers pédagogiques dans les futurs jardins potagers du quartier, puis du verger attendu en 2023 aux pieds de l’école. Certes, les protocoles sanitaires ont largement contrarié cette dynamique d’ouverture. Et il sera indispensable, à terme, de mesurer les effets réels des pôles pédagogiques sur le renouveau des quartiers prioritaires, sur la mixité à l’école et sur la réussite éducative des élèves. Mais l’idée d’une nouvelle forme d’école, ouverte sur le quartier et accessible à l’ensemble des habitants de la ville et proposant des activités variées au-delà du temps scolaire, s’inscrit bel et bien dans les dynamiques de renouvellement urbain portées par l’ANRU.

 

En 2022, la France comptera 200 Cités éducatives, contre 80 au lancement du programme en septembre 2019. Les Cités éducatives visent à intensifier les prises en charges éducatives des jeunes de 0 à 25 ans en fédérant tous les acteurs éducatifs travaillant dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV) : Éducation nationale, commune et intercommunalité, préfecture, caisse d’allocations familiales, associations, familles, etc. Les établissements scolaires occupent bien sûr une place centrale, mais ils ne sont pas seuls.

Il ne s’agit pas d’un dispositif supplémentaire, mais d’une démarche outil pour faciliter la mobilisation collective, articuler les initiatives existantes et lancer des actions innovantes, précise Frédéric Bourthoumieu, coordinateur national du programme interministériel à l’Agence nationale de cohésion des territoires (ANCT). En 2020, un rapport du comité national d’orientation et d’évaluation des Cités éducatives soulignait la pertinence du modèle. Mais il pointait aussi une piste d’amélioration : la plupart des actions concernent les jeunes d’âge scolaire (de 3 à 16 ans) mais très peu sont tournées vers les 16-25 ans.

En savoir plus

 

 

L'école et le Nouveau Programme de Renouvellement Urbain en chiffres

337 constructions ou rénovations d’écoles sont soutenues par l’ANRU dans le cadre du NPNRU. Soit un tiers des équipements de proximité financés par l’ANRU  (chiffre de novembre 2021).
520 équipements éducatifs, scolaires ou parascolaires ont été construits ou réhabilités dans le cadre du PNRU. Soit 620 millions d’euros engagés.

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