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© Mathieu Delmestre

Jéru 2021

Mixité, transition écologique, santé : des enjeux incontournables

Les Journées d'échanges entre acteurs du renouvellement urbain (Jéru), qui ont eu lieu les 1er et 2 juillet 2021, continuent en replay avec 45 heures de contenus à découvrir sur notre site. Découvrez les comptes-rendus et les débats liés à ces trois thématiques clé de l'avenir du renouvellement urbain.

Vu dans en villes, le mag de l'anru

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Cliquez ci-dessous pour lire nos comptes-rendus & visionner les grands débats en replay 

Visionner le grand débat avec Laurent Chambaud, Sylvaine Gaulard et Mohamed Gnabaly

En 2020, le Covid a entraîné une surmortalité de 9,1 % sur l’ensemble du territoire français, mais la hausse a atteint 53 % à Villetaneuse et 42 % à Bobigny, alors que le riche 8e arrondissement de Paris n’a enregistré aucune évolution. La pandémie a révélé la vulnérabilité sanitaire des territoires les plus pauvres comme les inégalités de santé préexistantes. Comment en finir avec cette double peine ?

Ça n’aurait pas dû nous surprendre, cela fait plus de douze ans que les chercheurs répètent que les pauvres sont plus exposés aux maladies infectieuses, à l’asthme ou encore à l’obésité, assène d’emblée Laurent Chambaud, directeur de l’École des hautes études en santé publique. En magnifiant les inégalités, nous espérons que cette crise dramatique aura au moins eu l’intérêt d’éveiller les consciences. 

Reste à savoir ce que les différents acteurs vont faire de ces connaissances. Le virus nous a rappelé brutalement à quel point il était important de s’intéresser aux déterminants de santé et aux facteurs de vulnérabilité, reconnaît Sylvaine Gaulard, directrice de l’agence régionale de santé d’Île-de-France. Il nous a aussi fait comprendre l’importance des démarches “d’aller vers” dans les quartiers populaires. 

Maire de L’Île-Saint-Denis, Mohamed Gnabaly appelle quant à lui à une reconnaissance au plus haut niveau des inégalités territoriales en matière de santé. Nos concitoyens ont besoin d’une réflexion sur les politiques régaliennes, afin de bénéficier du même niveau de services publics que partout ailleurs, mais aussi d’une approche ciblée, spécifique aux populations les plus fragiles des territoires en décrochage. L’urgence est donc de résorber les déserts médicaux, qui se développent autant en QPV que dans les zones rurales. Un défi de taille auquel s’attelle l’ARS Île-de-France à travers des aides financières pour l’installation, le fonctionnement ou les investissements des professionnels de santé en particulier en exercice coordonné, détaille Sylvaine Gaulard. Nous travaillons également sur un projet de santé publique qui donne du sens à l’exercice des médecins en cette période de sortie de crise. »

Mais cela ne suffira pas. Notre système de santé doit tout simplement changer de logiciel, affirme Laurent Chambaud. Il est actuellement trop hospitalo- centré et trop peu axé sur les soins ambulatoires, sans parler de la prévention, qui fait réellement figure de parent pauvre. La situation dont nous sortons à peine nous a rappelé qu’il faut garder en tête l’interdépendance de toutes les composantes de notre environnement.

Cette idée trouve un écho très favorable chez Mohamed Gnabaly. Une seule santé, une seule planète ça marche si on le fait avec les gens, résume-t-il. Il y a là un énorme enjeu de communication et de pédagogie sur l’impact des politiques publiques sur le quotidien, à commencer par l’alimentation et l’accès à l’énergie.

Visionner le grand débat avec Emmanuelle Wargon, Cécile Mazaud, Thierry Repentin et Clément Dherbécourt.

Plus de 7 Français sur 10 estiment qu’il est prioritaire de mieux équilibrer la mixité sociale dans le pays… Mais qu’entend-on réellement par mixité sociale ? Et quelles pistes d’action au-delà des politiques de construction et d’attribution ?

Pendant des décennies, la problématique de la mixité sociale a été essentiellement vue à travers le prisme de la construction du logement social. Et sur ce plan, les signaux sont plutôt au vert. La loi SRU de 2000 a eu un impact très positif en permettant la production de 1,9 million de logements sociaux, dont la moitié dans des communes en rattrapage, résume Thierry Repentin, qui intervient avec la triple casquette de maire de Chambéry, de président de l’Anah et de président de la commission nationale SRU.

La mixité sociale se pense aussi “dans l’autre sens”, en faisant venir des classes moyennes dans les QPV, par le biais de l’accession à la propriété ou par la réalisation de logements locatifs libres dans les opérations de rénovation urbaine, ce dernier point est d’ailleurs l’un des deux piliers principaux de notre action, remarque Cécile Mazaud, présidente de la Foncière Logement, filiale d’Action Logement dédiée à la production de logements locatifs à destination des salariés, dans une volonté affirmée de mixité sociale. Mais une étude récente menée par France Stratégie semble indiquer que la production de logements ne fait pas tout.

Nos travaux révèlent que la meilleure répartition des logements sociaux sur le territoire n’a pas entraîné d’évolution majeure dans la composition démographique des communes, indique le chercheur Clément Dherbécourt. Alors que faire ? La mixité sociale se joue aussi dans la vie que vous organisez autour des bâtiments, poursuit Thierry Repentin. Si vous souhaitez accueillir des habitants de tous horizons et les garder dans la durée, vous devrez miser sur un bâti de qualité, mais aussi sur le système scolaire, sur la tranquillité et la sécurité, sur l’offre commerciale, sportive et culturelle

Et ne pas oublier la connexion aux bassins d’emploi, insiste Cécile Mazaud. Le parcours résidentiel ne devrait jamais être abordé sans tenir compte des parcours professionnels…  Cette approche multithématique est la grande force du NPNRU, indique Nicolas Grivel, directeur général de l’ANRU, au moment de clore le débat. Nous veillons à ce que tous les projets signés contribuent activement à restaurer toutes les fonctions de la ville pour qu’elles soient attractives pour tous.

L'évolution de la mixité sociale dans les aires urbaines de plus de 100 000 habitants : découvrez la cartographie dynamique de France Stratégie

  • Emmanuelle Wargon, ministre déléguée au Logement : ​​​​​« Le gouvernement a décidé de renforcer ses leviers »

Face aux multiples défis de la mixité sociale, le gouvernement a décidé de renforcer ses leviers d’action avec trois décisions majeures. Les deux premières devraient être concrétisées avec la future loi de décentralisation – dite loi 4D – qui est entrée en première lecture au Sénat début juillet. Il s’agit d’abord de la pérennisation de la loi SRU et de son article 55, qui fixent des objectifs de production de logements sociaux pour atteindre des quotas de 20 % ou 25 % selon les communes. Le projet de loi intègre aussi un objectif d’accès au logement social pour les « travailleurs essentiels » à la vie locale. La troisième évolution portera sur la mobilisation du parc privé, parce que le logement social ne peut pas suffire. Sur ce plan, l’Anah sera en première ligne, avec la refonte du dispositif de conventionnement Louer Abordable, qui incite les propriétaires bailleurs à plafonner le loyer des logements proposés à des ménages modestes en bénéficiant d’une déduction sur leurs revenus fonciers.

Visionner le grand débat avec Nathalie Appéré, Laurent Berger, Jean Jouzel et Marie-Laure Vuittenez

Comment allier transition écologique et lutte contre les inégalités, pour une ville durable au bénéfice de tous, y compris des habitants des quartiers en renouvellement urbain ?

Le dernier rapport du Giec, publié en 2014, était déjà particulièrement alarmant. Mais ce n’est rien à côté des conclusions découvertes en juin dans le projet de rapport que les experts du climat rendront l’an prochain. Elles font état de conséquences graves et irréversibles si le seuil des + 1,5 °C est dépassé durablement. Il n’y a pas d’accélération du dérèglement climatique, nous sommes sur la trajectoire annoncée, indique le climatologue Jean Jouzel en ouverture du débat consacré à la transition écologique. Pas de quoi se réjouir pour autant : nous ne pourrons pas arrêter, ni freiner, le réchauffement d’ici à 2050. 

Les premières victimes du dérèglement sont connues d’avance. Alors que les émissions de carbone des ménages les plus pauvres sont jusqu’à huit fois plus faibles que celles des plus riches, nous savons qu’ils “morflent” davantage, résume sans ambages Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT. On ne peut pas essayer de sauver la planète sans s’intéresser à la réduction des inégalités sociales, ajoute pour sa part Nathalie Appéré, maire de Rennes. Pour les acteurs de la ville, le défi est de taille. Directrice générale du bailleur social Habitat et Métropole, Marie-Laure Vuittenez affirme que le mouvement HLM doit à la fois travailler sur le temps court en soutenant les locataires les plus fragiles face aux risques de précarité énergétique et, sur le temps long, en adaptant son patrimoine au changement climatique. 

Reste à savoir comment : construire ou rénover ? Même si un logement neuf permet d’économiser environ 300 euros de plus par an qu’un logement réhabilité avec une étiquette B et consomme deux fois moins, tous les intervenants du débat prônent des arbitrages au cas par cas, détachés des dogmes.
Intuitivement, il me semble mieux de rénover quand c’est possible, où a minima de réutiliser les matériaux de démolition, indique ainsi Jean Jouzel, rejoint par Marie-Laure Vuittenez, qui prend pour exemple une opération menée à Romainville par Seine-Saint-Denis Habitat où les matériaux et les granulats issus des immeubles désossés sont réemployés pour reconstruire la ville sur la ville dans une vision écologique à long terme.

Si le logement est le « gros morceau » de la problématique, il ne peut être abordé isolément.  La crise sanitaire a souligné l’importance d’une approche systémique, affirme Nathalie Appéré. Il nous faut activer tous les leviers possibles à l’échelle des métropoles, des villes et des quartiers ; revenir aux fondamentaux du développement durable avec son volet écologique, social, mais aussi avec son volet d’implication citoyenne. Un dernier point souligné avec force par Laurent Berger, qui appelle à solliciter nos concitoyens pour dessiner ensemble un avenir commun en faisant de la transition écologique un grand chantier démocratique.

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