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Catherine Vautrin, présidente de l'ANRU : "Il est essentiel d'observer et de mesurer nos succès comme nos échecs"

Nommée le 31 août dernier à la tête du conseil d'administration de l'ANRU, Catherine Vautrin dévoile sa feuille de route pour réussir la phase opérationnelle du NPNRU. Et invite les porteurs de projets à intensifier leur action. Rencontre.

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Dans quel état d’esprit arrivez-vous aujourd’hui à la présidence de l’ANRU ?

Catherine Vautrin : Je tiens tout d’abord à remercier le président de la République pour sa confiance et à saluer mes prédécesseurs, en particulier Olivier Klein, qui a fait preuve d’un engagement exemplaire. L’ANRU est une maison que je connais bien puisque j’ai eu le privilège de la porter sur les fonts baptismaux avec son créateur, Jean-Louis Borloo. En tant qu’élue, j’ai aussi pu mesurer à quel point l’Agence est un levier puissant pour faire bouger les choses dans les quartiers en rassemblant toutes les bonnes volontés. Au-delà des aspects financiers, l’ADN de l’ANRU, c’est précisément le rassemblement de tous les acteurs de la « qualité d’habiter ». Mon rôle, aux côtés de la directrice générale Anne-Claire Mialot, sera de faire vivre cet état d’esprit afin que les 453 projets du Nouveau Programme National de Renouvellement Urbain (NPNRU) validés par le comité d’engagements de l’ANRU trouvent une traduction concrète. Il faut désormais passer des promesses à la réalité, faire en sorte que les 5 millions d’habitants des quartiers concernés par le programme constatent par eux-mêmes l'amélioration de leurs conditions de vie.

La rénovation urbaine durable est déjà une réalité dans de nombreux quartiers, elle va encore s'accélérer

Quelle est votre vision de la rénovation urbaine ?

Ma conviction est qu’une opération ANRU, c’est d’abord une opération humaine. Le prisme urbanistique est aussi important que le prisme humain. En tant que présidente de la communauté urbaine de Reims et adjointe au logement, j’anime des ateliers urbains de proximité. Dialoguer avec les habitants et les travailleurs sociaux apporte un éclairage très concret sur des thématiques comme le relogement ou les parcours résidentiels. Il faut garder à l’esprit qu’un projet ANRU représente dans la vie des habitants une page qui se tourne et une nouvelle qui s’ouvre.

Quelles seront les priorités de votre mandat ?

En premier lieu, je m’inscris dans la volonté de l’État de lutter contre le changement climatique. La rénovation urbaine durable est déjà une réalité dans de nombreux quartiers, elle va encore s’accélérer. C’est tout le sens de la démarche « Quartiers résilients », lancée à la mi-septembre lors des journées nationales de l’ANRU. Un autre sujet me tient à coeur : l’expérimentation. Dans cette optique, 50 territoires pilotes bénéficieront d’une enveloppe de 100 millions d’euros avec une action renforcée de l’Agence en matière par exemple de végétalisation, de chauffage performant ou de récupération des eaux usées. Troisième priorité : l’évaluation. Il est essentiel de pouvoir observer et mesurer nos succès comme nos échecs, qu’il s’agisse d’opérations dans leur globalité ou de sujets plus précis, comme la durabilité des matériaux utilisés en réhabilitation. Pour progresser, une lecture précise de l’évolution du patrimoine est indispensable !

Si les projets ont été validés, c'est parce qu'en amont la mobilisation a été forte

Comment pensez-vous intégrer le défi climatique dans les projets de renouvellement urbain ?

Face aux besoins exprimés par les maires, nous allons renforcer notre appui en ingénierie. Des progrès doivent être réalisés pour désartificialiser les sols. Nous allons aussi nous attaquer à la résorption des îlots de chaleur. Les habitants des quartiers subissent plus durement les effets du changement climatique alors qu’ils sont les moins émetteurs de gaz à effets de serre ! Nous devrons également travailler sur les réseaux de chaleur. Chaque fois qu’il sera possible de raccorder un quartier au réseau municipal, faisons-le ! C’est vertueux et cela stabilise voire fait baisser la facture énergétique des ménages. Nous devons enfin être vigilants sur le choix des matériaux, et ce quelles que soient les opérations. Cette problématique rejoint le débat actuel entre, d’une part, la démolition- reconstruction et, d’autre part, la réhabilitation. Des élus estiment qu’il faut privilégier le réemploi et la réhabilitation. Or certains contextes urbains exigent d’en passer par la démolition-reconstruction, lorsqu’il s’agit par exemple de désenclaver un quartier en le connectant au coeur de ville. Sur ce sujet comme pour tous les autres, il faut agir au cas par cas !

1983-1999 et depuis 2008 Conseillère municipale de Reims
2002-2017 Députée de la 2e circonscription de la Marne, vice-présidente de l’Assemblée nationale à partir de 2008
2004-2005 Secrétaire d’État à l’Intégration et à l’Égalité des chances
2005-2007 Ministre déléguée à la Cohésion sociale et à la Parité
Depuis 2014 Présidente de la communauté urbaine du Grand Reims
Depuis 2017 Maire adjointe de Reims au Logement, au Renouvellement urbain et à la Tranquillité résidentielle

Alors que la quasi-totalité des projets du NPNRU sont aujourd’hui validés, comment l’ANRU va-t-elle accompagner les acteurs du renouvellement urbain ?

Si les projets sont validés, c’est parce qu’en amont la mobilisation a été forte. Et celle-ci est le fruit de la capacité de l’ANRU à mettre autour de la table toutes les parties prenantes. Accompagner nos partenaires, c’est d’abord leur dire que nous avons les moyens de nos ambitions. En d’autres termes, j’invite les porteurs de projets validés, notamment les bailleurs, à intensifier leur action. Une chose est sûre : au sein de l’ANRU, ils pourront compter sur le grand professionnalisme de nos délégués territoriaux. Parce qu’ils exercent sur plusieurs territoires, ils disposent d’une vision globale qui permet localement de faire du « cousu main » en s’inspirant de l’expérience acquise ailleurs. Enfin, je souhaiterais dire aux élus et aux partenaires que nous avons besoin de leur mobilisation sur deux sujets importants : le relogement des habitants et la reconstitution, qui, dans le cadre du NPNRU, peut être réalisée au-delà du périmètre d’un quartier ANRU.

Dans quelle mesure le travail de l’ANRU peut-il être une source d’inspiration au-delà des quartiers de la politique de la ville ?

À travers les projets qu’elle soutient, l’ANRU est engagée de longue date pour la ville durable. Chaque jour, nous démontrons que le défi climatique peut être relevé dans nos quartiers plus efficacement et rapidement qu’ailleurs. Ce rôle précurseur peut devenir un réel motif de fierté pour les habitants et un modèle à suivre pour tous !

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