Rénovation urbaine à Epinay-sur-Seine

Le 10 janvier en présence de Catherine Vautrin, la ville d’Epinay-sur-Seine (Seine-Saint-Denis) a signé avec l’Anru, une convention qui lui permettra de rénover quatre quartiers représentant plus de 65% de la population. Rencontre avec Hervé Chevreau, maire de la ville

Quels sont les problèmes spécifiques rencontrés dans les quartiers d’Epinay qui vont bénéficier de la rénovation urbaine ?

Hervé Chevreau

. Tout d’abord il faut savoir que le projet de rénovation urbaine soutenu par l’ANRU concerne 4 quartiers de la ville soit plus de 65 % de la population. Ainsi, c’est un programme ambitieux qui développe un ensemble d’actions sur toute la ville et dans divers domaines comme le logement bien sûr, mais aussi le commerce, les équipements publics de proximité et les espaces extérieurs.

Epinay-sur-Seine est une ville d’environ 46 000 habitants qui, comme de nombreuses villes de la banlieue parisienne a connu une baisse de la population, particulièrement marquée au centre ville. La population est jeune avec un taux de chômage important et des revenus nettement inférieurs à la moyenne départementale.

Le tissu économique présente par ailleurs des signes de fragilité (plus de 80% des actifs Spinassiens ne travaillent pas à Epinay-sur-Seine). Les entreprises de moins de 5 salariés sont majoritaires et on a connu une diminution de près de 9% du nombre d’établissements au cours de la dernière décennie.

Enfin, l’offre de logement sur l’ensemble de la ville est très peu diversifiée puisque le parc locatif est essentiellement social et la part des logements locatifs intermédiaires ne permet pas à la ville de répondre aux demandes.

Mais Epinay-sur-Seine bénéficie également de nombreux atouts et de potentiels de développement comme les berges de la Seine non urbanisées qui font actuellement l’objet de travaux de revalorisation, des moyens de transports très performants et une proximité avec Paris recherchée.

Le projet de rénovation urbaine, aujourd’hui acté, va permettre à Epinay-sur-Seine de retrouver son dynamisme à l’horizon 2012 et réussir sa mutation comme ville résidentielle et équilibrée.

En quoi le projet permettra-t-il de restaurer la cohésion sociale et de favoriser l’égalité des chances ?

H.C

. Le projet, développé dans la convention que nous avons signée en présence de Madame Catherine Vautrin le 9 janvier dernier, vise à améliorer l’attractivité de la commune et à dynamiser ses secteurs d’activités, en agissant autour de 3 thématiques majeures : le centre ville et son rôle central, la diversification de l’offre d’habitat et le renouvellement des espaces, équipements et services publics.

Ces trois grands axes permettront à l’échelle de la ville de retrouver durablement les équilibres urbains et de redonner à tous les habitants une réelle qualité de vie, en assurant grâce à la diversification de l’offre de logement une réelle possibilité de parcours résidentiel. La quinzaine de « Maisons à 100 000 euros » que je souhaite proposer aux Spinassiens viendra compléter cette offre (voir encadré).

Le PRU comporte également un volet social important afin d’accompagner les Spinassiens dans la requalification de leur cité.

Ainsi, la ville s’est engagée dans les nouveaux dispositifs prévus par la loi de programmation sur la cohésion sociale : programme de réussite éducative (opérationnelle dès la rentrée 2005-2006) et mobilisation pour l’emploi de l’ensemble des structures d’insertion (PLIE, MIIJ, Maison de l’emploi, service RMI).

De même, le projet prévoit la construction de 3 nouveaux centres socioculturels qui vont permettre de pérenniser les actions socioculturelles menées dans ce secteur et soutenir dans les quartiers la cohérence de l’action sociale de la Ville.

La construction de la médiathèque centrale d’Epinay-sur-Seine en plein cœur du centre ville sera fréquentée par l’ensemble de la population, toutes générations confondues, elle sera un lieu de rencontre des habitants des différents quartiers de la ville très marqués dans leur identité. Les actions menées dans le cadre de cette médiathèque se développeront autour de la culture et dans un but éducatif. Les actions culturelles trouveront des moyens supplémentaires pour contribuer à l’acquisition des savoirs fondamentaux et à la fréquentation des pratiques artistiques. Par ailleurs des bibliothèques annexes seront conservées dans les quartiers afin de constituer des relais importants de l’action culturelle et éducative au cœur de la population.

La création d’un pôle social accueillant plusieurs structures à but caritatif comme les Restos du cœur, le secours populaire, le secours catholique... ou une épicerie sociale assurera sur la ville le maintien et le développement d’une aide locale aux populations les plus fragilisées.

Enfin la construction d’un établissement mixte d’hébergement pour personnes âgées et personnes âgées dépendantes dans un environnement de qualité à proximité du centre ville et de différents groupes scolaires, favorisera l’intégration des personnes âgées dans la ville et permettra aux Spinassiens de bien vieillir dans leur commune. Le concept innovant de mixité des deux structures permet aux personnes vieillissantes de conserver leur cadre d’habitat et leur environnement.

Quels sont les moyens mis en oeuvre, financiers et humains, notamment pour ce qui concerne le relogement des habitants ?

H.C

. Une équipe de projet est mise en place afin d’assurer la coordination de l’ensemble du Plan de Rénovation Urbaine (PRU). Cette équipe, composées de 4 personnes, aura à sa disposition une assistance technique et opérationnelle assurée par la SEM Plaine Commune Développement représentant un budget annuel de 360 000 €.

Par ailleurs j’ai souhaité que chaque maître d’ouvrage du PRU mette en place en interne une équipe particulière clairement identifiée comme référent sur le dossier d’Epinay-sur-Seine.

Nous allons démolir plus de 700 logements, il sera donc essentiel d’accompagner les populations et j’y veillerai spécifiquement. Des équipes MOUS seront mise en place afin d’assurer le bon déroulement du processus de relogement et permettre les ponts nécessaires vers les différents services sociaux pouvant être mobilisés pour répondre aux besoins soulevés ou identifiés lors de la phase de relogement.

Ces équipes mobilisées par les bailleurs concernés par les démolitions se composeront de 3 à 4 personnes et seront présentes sur le terrain afin de répondre au mieux aux questions des personnes concernées.

Un protocole de relogement est en cours d’élaboration et réunira les services de l’Etat, de la ville et des bailleurs afin de définir les obligations et contributions de chacun pour garantir le meilleur relogement possible. De même, une charte de relogement sera définie avec les bailleurs et les représentants des locataires afin de clarifier les obligations de chacun.

Que vous a apporté l’Anru dans le montage de ce projet ?

H.C

. L’intérêt majeur de l’Agence Nationale pour la Rénovation Urbaine c’est évidemment de constituer un guichet unique pour les financements de l’Etat, du logement social et du 1 %. Mais, au quotidien, dans l’élaboration de notre dossier, l’ANRU, et notamment la délégation locale, nous a apporté une aide précieuse tant sur le plan technique que stratégique.

L’étape du Comité national d’engagement est, à mon sens, essentielle. En tant que maire j’en garde un souvenir très fort car il nous est demandé de défendre personnellement le dossier au nom de tous les partenaires et surtout de tous les habitants.... La réunion est très constructive avec de nombreux échanges sur les projets et leur pérennité. Il est évident qu’au final la qualité et la cohérence du projet s’en trouvent fortement renforcées. Les chiffres-clés du projet

- 4 quartiers concernés
- 746 logements démolis
- 1280 logements reconstruits
- 1 centre commercial entièrement démoli et reconstruit en centre ville
- 1 résidence pour personnes âgées couplées avec une maison médicalisée
- 1 médiathèque au cœur du centre ville bénéficiant d’un rayonnement communautaire
- 3 écoles reconstruites

- 3 centres socioculturels construits
- Plus de 2 300 logements sociaux réhabilités et plus de 3 000 touchés par les résidentialisations.
- 245 millions d’euros d’investissement
- 77 millions apportés par l’ANRU Le plus du projet : les maisons à 100 000 euros

Dans le cadre de la diversification de l’habitat et en complément du projet de rénovation urbaine, le maire d’Epinay-sur-Seine, Hervé Chevreau, a souhaité s’engager dans la réalisation de « Maisons à 100 000 euros ».

Après avoir signé la charte nationale avec Jean-Louis Borloo en décembre 2005, une convention avec un opérateur social a été votée lors du dernier conseil municipal. Les premières études vont pouvoir débuter et un permis de construire devrait être abouti avant l’été, pour un début du chantier à la fin de l’année 2006. Epinay-sur-Seine sera ainsi la première ville de la Seine-Saint-Denis à proposer de l’accession sociale à la propriété avec des maisons à 100 000 euros.

Le terrain choisi pourra accueillir environ 15 maisons qui seront proposées en priorité aux Spinassiens issus du parc social. Ce programme va bénéficier d’une aide de l’ANRU de 15 000 euros par maison.

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